Les prix du bitcoin et la fin de la monnaie hélicoptère

L’alliance Tesla-le bitcoin a surpris tout le monde. En raisonnant un peu, il faut reconnaître que si les cours du bitcoin progressaient à nouveau comme ils viennent de la faire, Tesla serait d’un coup débarrassé de toutes ses dettes. Le sujet est sensible : les taux d’intérêt viennent d’entamer leur remontée.

Les cours du Bitcoin et la fin de l’argent à vil prix

On s’interroge sur cette opération où Tesla se jetant dans l’aventure du bitcoin et investissant 1,5 milliards de dollars a déclenché l’envol des cours du bitcoin et les a propulsés aux abords « des 60 000 » (comme disent les fans : « ses plus hauts de tous les temps »).

Qui a vendu les bitcoins ?

Deux questions sont en lice pour essayer de donner une forme censée à ce qui ressemble fort à une opération insensée.

Première question : qui a vendu 1,5 milliard de dollars de Bitcoin à Tesla ? En vérité, ce n’est pas la bonne question. La poser revient à évoquer la question de la disponibilité d’un actif financier. On est ici dans la problématique classique des opérations sur blocs de titres. Pour réussir ce type d’opérations, il est important de ne pas avoir à se disperser entre des milliers d’opérateurs. Il vaut mieux savoir où se trouvent les gros portefeuilles pour négocier discrètement et dénouer rapidement livraison et paiement.

Dans le cas précis du Bitcoin, on sait qu’il est massivement détenu par un nombre très restreint d’investisseurs. Il n’est donc pas difficile de trouver des « paquets » de bitcoins sur le marché en quantités significatives et surtout facilement mobilisables. Ajoutons que cette mobilisation ne manque pas de stimuli : certains gros opérateurs se sont lourdement endettés et ne sont pas mécontents d’extérioriser une plus-value significative (quasiment un quintuplement de la valeur en moins de 6 mois) pour apurer leurs dettes.

Donc, pour un Elon Musk prêt à prendre le pari du bitcoin, il y avait quelques gros vendeurs massivement engagés et ouverts à des liquidations partielles.

Pourquoi les cours ne montent-ils pas plus haut ?

La vraie question est ailleurs. Le bitcoin a vu son cours poussé vers les 60 000 dollars, puis, il s’est arrêté à la lisière de ce sommet pour redescendre vers 45 000. Depuis quelques temps, il oscille entre ces deux chiffres.

Mais, au fait, pourquoi, au-delà de 60 000, n’a-t-il pas persévéré ? Cette question est la vraie question car elle invite à se poser deux sous-questions :

  • D’où vient que, brutalement, on ait découvert que cette « monnaie » valait 5 fois plus que sa valeur d’il y a 6 mois ? D’où vient que 60 000 soit actuellement une bonne limite à la hausse, c’est-à-dire, d’où vient qu’il ne puisse pas pour le moment aller plus loin ?
  • Mais aussi, s’il le pouvait, où pourrait-il aller : 100 000 dollars ? Un million ?

Vis-à-vis de ces questions, il faut déployer quelques faits :

  • Le premier : même si Tesla est supposé avoir fait une bonne opération, il n’est pas déraisonnable de penser à Space-x et à ses fusées qui font « un bon atterrissage » mais qui explosent en atterrissant ! Dans le cas de Tesla, on ne peut pas ne pas s’interroger sur sa gestion financière : investir la trésorerie d’une entreprise en actifs financiers spéculatifs n’est recommandé par aucune école de gestion.
  • Deuxième fait : l’entreprise Tesla est lourdement emprunteuse auprès de diverses banques. Il est savoureux de noter qu’elle venait justement d’emprunter 1,5 milliards de dollars auprès d’un consortium de banques chinoises. Or, il est connu, que les banques (y compris les chinoises) ravies de prêter à des entreprises qui réussissent sont beaucoup plus réticentes quand elles s’aperçoivent que les fonds qu’elles avancent servent à lancer des mises à une table de poker. Les 60 000 ont été atteints, mais il n’est pas sûr que Tesla trouve des préteurs pour aller à 100 000 !

Que se passera-t-il si les taux remontent ?

Mais, c’est aussi sur l’esprit actuel des marchés financiers qu’il faut se pencher. Si Tesla a trouvé tant d’argent pour lancer son projet automobile, ce n’est pas seulement parce que ce projet était intelligent. Il faut attribuer cet enthousiasme bancaire au fait que si l’argent a coulé à flot en 2020, « la monnaie hélicoptère » inondait déjà le marché. L’argent était abondant, les taux d’intérêt incroyablement bas.

Dans les situations de ce type, les opérateurs deviennent spontanément spéculateurs et ne pouvant tirer des revenus satisfaisants des placements habituels essaient de compenser avec des fonds non conventionnels, c’est-à-dire, en prenant des risques de plus en plus lourds. Or, les taux remontent rendant le financement de ces opérations « risquées » de plus en plus coûteux.

Dans le même esprit, les taux remontant, des opportunités de rendement plus sécurisés apparaissent. Chercher à soutenir le cours du bitcoin va être de plus en plus coûteux. Or le bitcoin ne vaut que par ses plus-values : il ne rapporte rien par opposition avec la plus rustique des obligations d’Etat.

La vraie question est bien de savoir qui va avoir envie de prendre des risques de plus en plus élevés au moyen de financements de plus en plus coûteux. Ceux qui actuellement imaginent qu’un krach obligataire est possible ne pourront pas ne pas inclure dans ce krach des actifs financiers sans rendement aux coûts d’acquisition trop lourds.

 

Par Pascal Ordonneau

Photo de M. Pascal Ordonneau

Ouvrages de Pascal Ordonneau aux éditions Arnaud Franel :
Monnaies cryptées et blockchain
Des monnaies cryptées aux ICO

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A propos de l'Auteur :
Pascal Ordonneau, banquier, a été DG et PDG de banques françaises, anglaises et américaines. Il est SG de l’Association « Iconomy ». Auteur d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels cinq livres d’économie et de finance, il est chroniqueur aux Échos, au Huffington Post et conférencier (monnaies cryptées et Allemagne).

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