La Libra, « le retour 3 »

La Libra, « le retour 3 »

Mark Zuckerberg, courant 2019, avait lancé un projet de monnaie cryptée d’un genre nouveau : la « Libra ». Pour réussir, il avait cherché à s’affranchir des reproches adressés aux monnaies cryptées antérieures et à ne pas tomber dans les ornières qui ont abimé l’image des « initial coins offerings ».

Il avait, pour gage de sa sagesse, défini la Libra comme un « stable coin ». L’émission de la Libra serait appuyée sur une réserve de monnaies souveraines. La gestion de ladite réserve serait menée en lien avec des tiers de confiance, sous la forme de banques commerciales et banques centrales et/ou toutes institutions à portée souveraine. Pour faire en sorte que tout le monde soit content, cette réserve aurait été constituée d’un panier de devises : les devises des pays les plus puissants auraient été un peu plus présentes que les autres…

Pourtant, cette idée, qui était une seconde version de son projet initial, se fracassa contre les défenseurs et gestionnaires des monnaies souveraines. De fait, la vérification du solde de la réserve face aux Libra émises, très satisfaisante en principe, ne l’était pas en pratique. Sans parler du fait incontournable que la monnaie soit l’affaire des souverains.

La Libra : prestataire de services pour monnaies cryptées souveraines

Le fondateur de la Libra avait accepté de trahir les idéaux des inventeurs des monnaies cryptées. La « Réserve », constituée de monnaies souveraines pour crédibiliser la Libra et lui ouvrir le sésame de l’acceptabilité en tant que moyen de paiement, était en contradiction avec les canons des monnaies cryptées. On ne déclinera pas ici toutes les trahisons aux principes libertariens, si ce n’est au moins celle-ci : l’acceptation d’une collaboration avec les banques centrales conduisait à pactiser avec des tiers de confiance dont les monnaies cryptées entendaient se débarrasser ! Nouvel échec, cependant ! malgré ces efforts de « collaboration ». D’où une nouvelle tentative : au lieu de vanter les mérites de l’universalisme monétaire, il s’agit maintenant de lancer des combats plus modestes et de porter l’idée de la Libra pays par pays, quels que soient leur taille ou leur rôle dans le grand jeu des monnaies internationales.

Donc, pays par pays, lancer des Libras « siglées ». Une libra-euro, une libra-dollar, une libra-livre comme il y eut le franc-suisse, franc belge, franc-français, franc-CFA, franc-Pacifique. L’idée capitaliserait sur la « réserve » dans sa dernière mouture : la réserve qui donne son sérieux à ce stable-coin et qui était composée d’un panier de monnaies souveraines. La nouvelle version verrait les responsables de la Libra passer des accords avec les autorités monétaires et bancaires de chaque pays « élu ». La réserve ne serait plus constituée d’un « panier » mais de la monnaie du pays concerné par l’accord. A l’appui de la Libra-dollar, il y aurait des actifs en dollars, à l’appui de la Libra-sterling des actifs en sterling…

Reconnaissons que c’est assez malin, même si on ne se laissera pas à rêver d’une libra-euro, la BCE ayant été très claire ; ne pensons pas non plus à une libra-dollar, les Etats-Unis réfléchissant à leur monnaie cryptée souveraine. En revanche, qui dit qu’un pays africain ou sud-américain ne pourrait pas se laisser séduire ? Le Venezuela y verrait sûrement une façon de sortir du bourbier de sa pétro-crypto-monnaie ! La Libra deviendrait une société de services, spécialisée en conception et gestion de monnaies souveraines et se rémunérant sur une partie des gains de seigneuriage…

Plus rien à voir avec le bel idéal humaniste des premières monnaies cryptées.

 

Par Pascal Ordonneau

Photo de M. Pascal Ordonneau

 

 

 

Ouvrages de Pascal Ordonneau aux éditions Arnaud Franel :

Des monnaies cryptées aux ICO
Monnaies cryptées et blockchain

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