Les néo-banques, poissons-pilotes ou vraies banques ? (2/2)

Retrouvez la première partie de l’article ici 

On a insisté, dans la première partie, sur le caractère souvent fictif des qualités des néo-banques. Il faut maintenant s’interroger sur leurs rapports avec les vieilles banques et les ambiguïtés qu’ils comportent.

Les vieilles banques à la manœuvre : quelques doutes sur la disruption des néo-banques

S’agit-il ici de défendre « les institutions » contre les néo-banquiers ? En vérité, il faut rappeler que l’innovation dont se réclament ces derniers est très relative : les virements sont faits à une vitesse accélérée ? Tant mieux ! Mais comme le faisait remarquer un régulateur : encore faut-il que le donneur d’ordre soit lui-même à la hauteur de la technicité de l’opération. Lorsqu’il s’agit de 50 euros, l’erreur n’est pas trop grave… On parle d’innovation, mais, à un moment, lorsque la néo-banque devra exécuter les ordres de son client, usant de la monnaie émise et garantie par la Banque centrale européenne dans le cas de la zone euro, il faudra bien qu’elle se plie aux exigences de cette dernière quant à l’emploi de cette monnaie. On parle d’innovation mais l’essentiel de l’innovation en matière de paiement revient aux mesures dites SEPA et IBAN mises en place par l’ensemble des banques européennes.

Quant à la protection des utilisateurs, elle n’est pas si assurée. La défaillance, très grave, d’une néo-banque allemande, Wirecard a montré tous les dangers attachés à ce type d’organisme. Fraude, malversation, trucage des comptes, système informatique défaillant et obsolète. La fintech allemande a rassemblé toutes les tares comptables et financières qui auraient parfaitement illustré les escroqueries de la « banquière » Emma Eckhert, en France, au lendemain de la Première Guerre Mondiale. Peu après Wirecard, c’est une plateforme de microcrédit allemande, Monedo, qui faisait la une de la presse spécialisée. En Angleterre, c’est Ipango, qui a déposé son bilan. Parmi les causes : une insuffisance de fonds de roulement. En mots moins choisis, des fonds propres inexistants alors qu’à la base, la vraie garantie des clients repose sur l’importance de ces derniers.

La réponse à ces risques ? L’une est simple : leur rachat par les banques établies ?

Les néo-banques, des poissons-pilotes ?

Ces opérations sont nombreuses, une des plus marquantes en France fut le rachat de « compte Nickel » par Paribas.

Combien de néo-banques ont été créées dans un pur contexte de pures start-ups de la Finance ? Ou dit autrement, combien sont de « pure players » ? Cette question ne présente pas beaucoup d’intérêt pour deux raisons : des néo-banques lancées comme de véritables start-ups quand elles réussissent deviennent la proie des « vieilles banques ». Leurs initiateurs les cèdent volontiers parce qu’ils se rendent compte qu’un développement à marche forcée dans un milieu hypercompétitif va vite excéder leurs moyens financiers mais aussi humains et organisationnels. Deuxième raison : certaines de ces start-ups sont portées en avant par les « vieux acteurs » et en tirent ressources humaines et technologiques. Parfois elles permettent à ces vieux acteurs d’aller tester des formules sur le marché. Leurs « parrains » auront alors deux options. La première sera d’internaliser les solutions trouvées par les start-ups et de leur offre on line, la seconde, si le succès est vraiment très fort sera de les laisser se développer pour attaquer un segment de marché qui ne leur était pas accessible pour des raisons psychologiques ou culturelles : les jeunes qui ne veulent plus entendre parler des banques traditionnelles et qui veulent du neuf, des services qui leurs ressemblent, des langages qu’ils comprennent.

Des exemples qui se multiplient

On a donné en exergue de cette section l’exemple de BNP-Paribas qui s’est rapidement portée acquéreur du « compte nickel ». On peut prendre l’exemple de la Société Générale qui a multiplié les partenariats et les rachats.

Elle est même allée jusqu’à prendre le contrôle d’une plateforme de services aux néo-banques : Treezor, qui permet à ceux qui veulent créer leur banque de s’appuyer sur tous les services comptables, juridiques, règlementaires utiles. Elle a acquis un des vétérans de la banque en ligne : Boursorama bank. Elle a lancé plus récemment une néo-banque, Shine : « Grâce à Shine, les indépendants peuvent par exemple créer leur activité, créer leur statut de micro-entrepreneur et gérer tout un tas de démarches administratives dont notamment la facturation » (1). Dans le même esprit on trouve Prismea, la néo-banque du Crédit du Nord , filiale aussi de la Société Générale, à destination des professionnels.

Les néo-banques sont-elles dans ces conditions pour les vieilles banques un moyen élégant de résoudre le problème : trop de cols blancs, remplaçons-les par des robots ? ou des avancées que les banques préfèrent voir venir de l’extérieur ou des initiatives qu’elles préfèrent externaliser avant de leur donner tout leur lustre en les réinternalisant ?

La compétition est ouverte. Le vrai juge de paix se trouvera dans la capacité à traiter du crédit aux entreprises et de gérer en masse les prêts aux particuliers.

 

(1) Shine : comment la néo-banque française a été pensée pour les indépendants ? (siecledigital.fr)

 

Par Pascal Ordonneau

Photo de M. Pascal Ordonneau

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A propos de l'Auteur :
Pascal Ordonneau, banquier, a été DG et PDG de banques françaises, anglaises et américaines. Il est SG de l’Association « Iconomy ». Auteur d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels cinq livres d’économie et de finance, il est chroniqueur aux Échos, au Huffington Post et conférencier (monnaies cryptées et Allemagne).

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