Monnaies cryptées souveraines contre monnaies cryptées privées

Dans le moment où la Libra a émergé, les observateurs ont découvert que les institution monétaires et politiques de plusieurs pays avaient compris l’importance des monnaies cryptées et commencé à faire avancer l’idée de monnaie cryptée souveraine.


Crypto monnaies et communication

Reconnaissons qu’entre le discours sur les monnaies cryptées et celui qui est tenu sur les systèmes de compensation interbancaires, la palme revient aux fameuses altmoneys ! Le bitcoin a ouvert le chemin et l’a balisé. L’esprit libertarien qu’il véhicule, la dénonciation des « tiers de confiance » qui ont « volé » la monnaie aux peuples et la modernité des blockchains, smart contracts et « decentralized / distributed ledger », parlent aux peuples (au moins ceux qui, férus d’informatique, comprennent ce qui est dit) pour pousser en avant un nouvel eldorado monétaire.

On laissait planer l’idée qu’utiliser des monnaies cryptées, c’était s’engager dans la voie de la liberté économique.

Reconnaissons que les banques, dans l’ensemble des systèmes économiques, ne font pas vibrer lorsqu’elles mettent en place des systèmes de paiement transfrontières dont les noms sont parfaitement inconnus du grand public : la description du dernier en date, SEPA, est beaucoup moins « sexy » que les longs discours sur le « scaling » du bitcoin ou les smart contracts d’Ethereum. Pourtant, elles aussi s’intéressent aux techniques des crypto-monnaies.

Les crypto-monnaies « banque centrale »

L’idée des crypto-monnaies souveraines émise par les banques centrales n’est pas neuve. Le lancement d’un crypto dollar a été proposé voici près de 6 ans… sous le nom de Fedcoin. Les protagonistes de ce projet visaient ce qu’on nomme « une crypto-monnaie de détail ».

Plus récemment, le législateur américain a pressé la Federal Reserve pour qu’elle accélère les études sur cette question. La Banque de Règlements Internationaux a relevé lors d’une récente enquête que 40 États ont des projets de monnaies cryptées à l’étude. Les raisons invoquées pour ces études, bancs d’essai et pré-tests sont multiples et parfois contradictoires.

La Banque de Suède, s’inquiétant de l’effondrement de l’usage de la monnaie fiduciaire, s’interroge sur la mise en place d’une monnaie cryptée « de détail » pour mieux ancrer ce qu’est la monnaie dans l’esprit de la collectivité.

A l’opposé, la Banque de Chine envisage sérieusement le lancement d’un renmibi digital dans le but de réduire la circulation fiduciaire. L’économie chinoise se développant très vite, le niveau de vie suivant, les besoins des consommateurs s’accroissant, les échanges ne peuvent plus s’appuyer sur les seuls billets de banque.

Un combat inégal

Le lancement de crypto-monnaies souveraines ne serait pas une bonne nouvelle pour les promoteurs privés de crypto-monnaies pour une raison et (presque) une seule : leur acceptabilité. A défaut de cours légal, les monnaies cryptées auront bien du mal à frayer leur voie dans le monde de l’acceptation monétaire. Les crypto-monnaies souveraines émanant du souverain bénéficieront du cours légal qui les rend incontestables dans le règlement des créances publiques et qui ne peuvent être refusées dans les transactions des pays où elles sont émises.

Les monnaies cryptées classiques ne reposent sur rien, les crypto-monnaies souveraines reposent sur… le souverain. C’est toute la différence et elle est considérable.

 

Par Pascal Ordonneau

Photo de M. Pascal Ordonneau

 

 

 

Ouvrages de Pascal Ordonneau aux éditions Arnaud Franel :

Des monnaies cryptées aux ICO
Monnaies cryptées et blockchain

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A propos de l'Auteur :
Pascal Ordonneau, banquier, a été DG et PDG de banques françaises, anglaises et américaines. Il est SG de l’Association « Iconomy ». Auteur d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels cinq livres d’économie et de finance, il est chroniqueur aux Échos, au Huffington Post et conférencier (monnaies cryptées et Allemagne).

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