La jungle des « IO » (initial offerings) s’épaissit aux États-Unis

Comme le phénix qui renaît de ses cendres, le marché des initials offering, douché avec les ICOs, est en train de repartir sous le régime des IEOs (Initial Exchange Offerings) et STOs (Security tokens Sales). Comment les STOs et les IEOs se distinguent-ils des ICOs ? Quels avantages et inconvénients présentent-ils ? Pour le monde financier, que signifie concrètement, mais aussi officieusement, la mise en place de ces étonnantes plateformes d’ « exchange » ?

ICOs, le conte de fées des débuts

L’explosion des émissions de tokens sous le régime des ICOs (initial coins offerings) a laissé pantois le monde économique et financier. Résumons : enfin, le capital et l’épargne étaient libérés après des siècles de soumission aux sachants, aux régulants et à l’entre-soi profitable des soi-disant « tiers de confiance » (les banques pour ne pas les nommer). Enfin, l’argent devenait accessible sans contrainte à l’entreprise jeune, l’entreprise en ses débuts (start-up) et même à l’entreprise en projet où rien n’est encore advenu bien sûr si ce n’est qu’il y a du dynamisme, des idées et des jeunes qui « en veulent ». Un peu comme le bitcoin, l’avenir était radieux et chacun serait « billionnaire ».

ICOs, du rêve à la réalité

Les contes de fée sont charmants quand les fées et les princes charmants demeurent, les uns féériques, les autres charmants. Mais la réalité est venue doucher les enthousiasmes sous la forme d’escroqueries multiples (les fameux Scam projects), d’incompétences caricaturales et de projets farfelus. La Security exchange Commission américaine s’en est mêlée, requalifiant les ICOs en IPOs (initial public offerings) et les tokens en securities, condamnant sévèrement tous ceux qui avaient cru qu’on pourrait « by passer » l’ordre et la réglementation.

Un vide s’est-il créé ? L’effondrement du marché des ICOs aurait pu en préluder la venue. Comme la nature, la finance a horreur du vide : l’imagination est donc restée au pouvoir et de nouveaux acronymes envahissent les colonnes des journaux spécialisés. On s’attachera à l’un d’entre eux dont on verra qu’il a toutes les allures d’un retour au bon vieux temps.

Deux nouveaux types d’initial offerings : IEOs et STOs !

On fera rapidement un sort aux STOs, ce ne sont que des Security tokens Sales. En d’autres termes, ce sont des tokens qui acceptent leur statut de Securities, ce qui, en langue financière américaine, signifie qu’ils se soumettent aux règles imposées par la SEC à toute émission de « security », qu’il s’agisse d’actions ou d’obligations. La fameuse révolution qui envoie promener les tiers de confiance et les institutions bancaires baisse pavillon et se soumet : la seule différence avec les « Securities », le porteur de tokens n’a toujours aucun pouvoir dans l’entreprise, ni ne peut, en principe, en recevoir intérêts ou dividendes.

Qu’en est-il alors des IEOs, Initial Exchange Offerings ? Il faut reconnaître qu’ici c’est plus subtil : les Initial Exchange Offerings ne sont plus des initiatives, fatalement désordonnées, d’entrepreneurs audacieux, ils sont initiés par des « exchanges », ces plateformes qui proposent des services de conservation, de valorisation, de transaction et d’échange de monnaies cryptées.

Les IEOs apportent une sécurité qui n’existait pas avec les ICOs

On a dit que le risque essentiel des ICOs résidait dans les projets vaseux, tricheurs ou escrocs, les IEOs sont des ICOs filtrés par un « Exchange » qui va s’assurer de la qualité du projet, de ses animateurs et du respect des règles de KYC (Know your customer). Au surplus, il gérera l’aspect blockchain et smart contracts de l’ICO, et s’assurera de la bonne tenue des livres (cryptés) concernant les tokens, leurs échanges et leurs affectations qu’il s’agisse des comptes des investisseurs ou du rattachement des tokens à leurs émetteurs. Les exchanges fourniront aux investisseurs les services de change, la conservation de leurs couvertures à l’émission, leur permettront de se retrouver dans le marigot des tokens où petites et grandes émissions se mélangent sans grande transparence.

Gagnant-gagnant pour les investisseurs et les entreprises

Avantages les plus évidents : pour les investisseurs, être protégés contre les ICOs « bidon » ou douteuses, l’exchange apportant non seulement ses compétences mais aussi sa réputation et sa notoriété ; pour les entreprises : être déchargées de la gestion encombrante des blockchain, token et smart contract corrélés entre eux, bénéficier d’un marketing de lancement appuyé sur les services d’un tiers de confiance réputé. Vous avez bien lu, « un tiers de confiance réputé ». Au fond, il n’y a plus qu’à attendre que les banques d’investissement laissent tomber ce titre honni de banque et adoptent le joli nom d’exchange. Le mot révolution aura retrouvé son contenu sémantique initial : un tour sur soi-même.

Par Pascal Ordonneau

Photo de M. Pascal Ordonneau

Ouvrages de Pascal Ordonneau aux éditions Arnaud Franel :
Monnaies cryptées et blockchain

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A propos de l'Auteur :
Pascal Ordonneau, banquier, a été DG et PDG de banques françaises, anglaises et américaines. Il est SG de l’Association « Iconomy ». Auteur d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels cinq livres d’économie et de finance, il est chroniqueur aux Échos, au Huffington Post et conférencier (monnaies cryptées et Allemagne).

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