À quoi servent les tokens (ou coins) ?

Drôle de question puisque, justement, il n’est d’ICOs (Initial Coins Offerings) que parce qu’il y a des tokens… La preuve : de nombreux acteurs du secteur des ICOs en appellent à un changement de terminologie et proposent Initial Tokens Offerings (ITO) en lieu de place de ICO…

Bonnet blanc ou blanc bonnet… En fait, l’hésitation terminologique vient d’une ambiguïté liée à la pratique américaine des ICOs : on l’a exposée dans un précédent article en indiquant que les tokens émis dans le cadre d’une ICO « à l’américaine » étaient acquis aux souscripteurs contre échange d’une monnaie cryptée généralement dénommée « coin » avec toutes les variantes possible (bitcoin, litecoin etc.). Le token serait donc dans ces conditions une crypto-monnaie secondaire, instrument de la collecte de fonds lancée par son émetteur, le coin étant la monnaie primaire destinée à acquérir les tokens émis. Oublions un instant ce mode « américain » de lancement des ICOs, dans d’autres espaces financiers et monétaires, les tokens sont plus communément achetés via des monnaies classiques.

Les tokens en vérité ne sont pas seulement une espèce de crypto-monnaie seconde. Ils peuvent être assortis d’engagements de la part de l’entreprise émettrice. Ce sont alors des moyens d’accès à des fournitures de services privilégiées ou de promesses financières ; ce sont des moyens de paiement pour ces mêmes services etc.

Les tokens sont aussi un moyen incontournable de fonctionnement de la blockchain

Les ICOs sont, par principe, des techniques de financement qui impliquent la mise en place d’une blockchain. Celle-ci ne sert pas seulement à structurer l’offre des entreprises émettrices et les processus de mise sur le marché des produits et services qu’elles proposent. Elle est aussi le mode opérationnel de gestion des tokens et des garanties sur lesquelles reposent leur crédibilité en tant qu’instruments financiers.

Les tokens ont donc une triple fonction : ce sont des instruments financiers représentatifs de l’apport des souscripteurs, ce sont des instruments d’échange et d’engagements de l’entreprise et enfin ce sont des ressources indispensables au fonctionnement de la blockchain mise en place par l’entreprise tant pour structurer son offre que pour gérer les tokens qu’elle a émis.

Les tokens rémunèrent les « mineurs » de la blockchain

Les tokens, particuliers à chaque entreprise émettrice, sont donc aussi la rémunération des « mineurs ». La blockchain, « registre autonome décentralisé », exclut les traditionnels « tiers de confiance » garants dans l’économie classique en tant que teneurs de comptes, valorisateurs d’actifs financiers et places de marché. Ces missions et fonctions sont assumées par les membres de la « communauté » attachée à l’entreprise initiatrice de l’ICO ainsi que par toute personne ou organisation qui, par les calculs auxquels elle procède et les problèmes qu’elle résout, assure actualisation, intégrité et indépendance des registres.

Toute peine méritant salaire, les mineurs sont rémunérés au moyen des tokens émis par l’entreprise et dont une part a été réservée aux acteurs de sa blockchain.

Les mineurs auront le choix de conserver comme des actifs financiers à part entière les tokens reçus ou de les échanger sur des places d’échanges ad-hoc contre des coins et/ou, pourquoi pas, d’autres tokens émis à l’occasion d’autres ICOs, ou enfin contre monnaies sonnantes et trébuchantes classiques.

C’est dire que les tokens émis à l’occasion des ICOs ont des fonctions très variées… Peut-on imaginer des tokens émis lors d’une ICO sans blockchain ? Difficilement, car, justement, il faudrait recourir à tout un système de tiers de confiance… qui ne serait pas gratuit et mettrait l’entreprise sous leur contrôle !

 

Par Pascal Ordonneau

Photo de M. Pascal Ordonneau

Ouvrages de Pascal Ordonneau aux éditions Arnaud Franel :
Monnaies cryptées et blockchain

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A propos de l'Auteur :
Pascal Ordonneau, banquier, a été DG et PDG de banques françaises, anglaises et américaines. Il est SG de l’Association « Iconomy ». Auteur d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels cinq livres d’économie et de finance, il est chroniqueur aux Échos, au Huffington Post et conférencier (monnaies cryptées et Allemagne).

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