Qu’est-ce qu’une monnaie « cryptée » ?

« Chiffrement », « crypté » sont des notions qui renvoient à l’obscurité et au souterrain (une crypte). Dans une définition moderne et technique, « crypté » concerne ce qu’on veut cacher et rendre inaccessible. Ce qui est crypté peut être décrypté pour autant que les auteurs du cryptage l’acceptent. Tout dépend alors de « clefs » de décryptage dont la sophistication n’a pas de limites, si ce n’est de coût, de temps et de risques.

Pourquoi appliquer à la monnaie ce terme qui semble appartenir au domaine du renseignement et de l’information ?

On dit d’une monnaie qu’elle est cryptée quand les échanges dépendent de processus de chiffrement auxquels adhèrent les utilisateurs de cette monnaie. Ces processus ont pour objet de valider les opérations de paiement comme étant des opérations où le débiteur est identifiable, où il est bien titulaire des unités de compte qu’il va utiliser pour payer, où ces unités de compte au crédit du compte sont bien disponibles et où le débiteur les adresse à un créancier et à un seul.

En d’autres termes, dans le contexte d’une crypto-monnaie, l’opération est traitée comme la banque du « payeur » la traiterait pour le compte de son client. Sauf que le processus mis en œuvre est conçu pour se passer de toute banque et s’appuyer sur des mécanismes indépendants de toute intervention humaine ou institutionnelle.

Le système des crypto-monnaies leur substitue des modes de chiffrement destinés à protéger la sécurité des « messages » que sont les opérations tant en ce qui concerne leur émission et leur réception que leurs émetteurs et récepteurs ; ces modes vont même plus loin dans le contexte particulier des monnaies appuyées sur la blockchain (ce qui est le cas de la très grande majorité des monnaies cryptées). Non seulement elles mettent en œuvre des processus d’identification des personnes et des opérations, mais aussi l’identification de chaque unité de compte utilisée. Les vérifications portent sur l’historique de l’intégralité des évènements où cette unité de compte précise a été utilisée.

Une monnaie traçable garantie par cryptage

La comparaison avec un moyen de paiement banal, le billet de banque, conduirait à ceci : chaque billet serait « suivi » grâce à son numéro dans toutes les transactions auquel il « participe » ; le titulaire du billet accepterait, lors d’une transaction où ce billet est utilisé, de le soumettre à une enquête détaillée permettant d’expliquer pourquoi il se trouve dans son portefeuille !

Les monnaies cryptées sont donc des monnaies dématérialisées, inscrites sur des registres ou fichiers informatiques dont les unités de compte sont identifiables et traçables absolument depuis leur création jusqu’ à la dernière transaction. Elles s’échangent selon des modes d’identification des acteurs et des transactions de telle sorte que rien ne peut se déboucler tant que le « décryptage » n’a pas été mené à bien. Le risque de paiement en double (ou triple) est éliminé par la difficulté des calculs (algorithmes) de chiffrement. Les traditionnels « tiers de confiance » que sont les banques et les interventions humaines ou institutionnelles qui les caractérisent sont remplacées par les techniques de cryptage essentiellement mathématiques.

Par Pascal Ordonneau

Photo de M. Pascal Ordonneau

Ouvrages de Pascal Ordonneau aux éditions Arnaud Franel :
Monnaies cryptées et blockchain

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A propos de l'Auteur :
Pascal Ordonneau, banquier, a été DG et PDG de banques françaises, anglaises et américaines. Il est SG de l’Association « Iconomy ». Auteur d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels cinq livres d’économie et de finance, il est chroniqueur aux Échos, au Huffington Post et conférencier (monnaies cryptées et Allemagne).

1 Commentaire

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Simple, clair tout devient compréhensible.
Bravo!