Économie européenne : le retour ?


Quoique fragilisée par l’actualité politique, du Brexit à la montée des partis populistes, l’Europe apparaît pourtant renforcée sur la scène internationale. En effet, sa situation tranche avec les États-Unis qui concentrent les craintes des marchés, non seulement du fait des diverses polémiques relatives au Président Donald Trump, mais aussi à cause des signaux négatifs renvoyés par son économie.

Peut-on pour autant affirmer que l’année 2017 sera celle de l’Europe ?

Une meilleure conjoncture

 Les faits générateurs de ce rebond sont variés, et l’accalmie politique n’est pas le seul facteur en cause. En effet, la conjoncture économique se révèle clémente, et l’activité dynamique, ce qui ne manque pas d’influer sur la confiance et le moral des entreprises et des ménages. Tout ceci paraît avoir impulsé un cercle vertueux au sein de l’Union européenne.

Ainsi, longtemps crispés, les crédits à l’économie croissent désormais à un rythme annuel supérieur à 2%. De la même façon les perspectives d’investissement sont positives, encouragées à la fois par une meilleure profitabilité des entreprises et des prévisions d’activité stimulantes. La zone euro enregistre par ailleurs en 2016 un excédent commercial d’un montant de 360 milliards d’euros, signe du dynamisme du secteur exportateur de cette dernière et d’une compétitivité améliorée des produits européens. Enfin, le chômage continue de décroître à mesure que les créations d’emploi s’accélèrent, faisant reculer la menace de la déflation, hantise des économistes.

Une dynamique à consolider

 Cet indubitable rebond économique de l’Europe est-il pour autant durable ? L’avenir est à cet égard incertain.

D’une part, dans quelques mois, l’économie européenne ne pourra plus s’appuyer sur l’incomparable atout que représente pour elle la politique de taux bas de la BCE et sa colossale émission de liquidités.

D’autre part, elle est sur le point de perdre les effets, très positifs pour les exportations, de la baisse de l’euro, qui a depuis peu repris sa croissance après une stagnation entre 1,05 et 1,10.

Par ailleurs l’économie européenne va probablement subir les conséquences, même légères, de l’augmentation de l’inflation, en particulier en termes de pouvoir d’achat des ménages et de consommation.

Il ne faut pas non plus négliger un renouveau des tensions sur le marché des dettes souveraines dans un contexte d’endettement record au sein de la zone euro.

D’autant que l’économie européenne est menacée par certaines failles de son système bancaire, en particulier celui de l’Italie sur lequel pèsent pas moins de 80 milliards d’euros de créances douteuses.

Une responsabilité politique en jeu

Une reprise auto-entretenue de la zone euro apparaît donc possible, et quoique le chemin en soit semé d’embûches, celles-ci n’en sont pas pour autant infranchissables. La capacité de l’économie européenne à les surmonter repose largement sur la BCE et son habileté à durcir sa politique monétaire tout en prévenant toute envolée des taux d’intérêt, dont l’impact serait nécessairement désastreux.

Le caractère permanent du rebond actuel de l’Europe dépend aussi de la bonne conduite des réformes lancées dans les différents pays. En effet, l’assainissement des finances publiques de tous les États membres ainsi qu’une politique axée sur la création de richesse sont les conditions essentielles et incontournables de la réduction des dettes sous lesquelles croule la zone euro.

L’avenir de l’économie de l’Europe dépend donc plus que jamais de ses gouvernants…

Par Eric Bourguignon

Photo de M. Eric Bourguignon

Ouvrages d’Eric Bourguignon aux éditions Arnaud Franel :
Alerte au tsunami monétaire
ID Reflex’ Fondamentaux de l’économie


A propos de l'Auteur :
Diplômé de Sciences-Po Paris, Docteur en Economie et Finance internationales de l’Université de Paris IX Dauphine. Actuellement, Directeur Général Délégué et Responsable des Activités pour Compte de Tiers chez Swiss Life Asset Management (France), il a consacré l’essentiel de sa carrière à la gestion d’actifs. Il a notamment passé 6 ans à Segespar (Groupe Crédit Agricole) en tant que gérant obligataire, et 13 ans à CCR-Gestion (Groupe UBS) en tant que Directeur Général Adjoint.

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