Sur les marchés de taux… la prudence est de règle

Thème valeurs mobilières et bourseQuelques événements récents pourraient indiquer la fin d’un cycle sur les marchés de taux. Début septembre, tandis que le taux de rendement des emprunts de l’État français passait de près de zéro à environ 0,3 %, celui des emprunts d’État allemands à dix ans repassait en taux positif… faisons le point.

Déjà le vote du Brexit britannique du 23 juin dernier aurait pu faire craindre un avis de tempête sur lesdits marchés…mais taux et spreads ont au contraire poursuivi leur descente en douceur pendant l’été. En fait, l’envolée des taux d’intérêt sur l’ensemble des grandes places financières résulte de la décision officielle de la Banque centrale européenne de ne pas renforcer dans l’immédiat son programme d’achat de titres.
En faisant cette annonce le 9 septembre au cours de sa conférence de presse, le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a certainement été surpris des réactions immédiates des marchés : un vif rebond des taux longs mondiaux, un élargissement des spreads sur les dettes des pays proches de la zone euro et d’importants dégagements sur les obligations d’entreprises.

Des obligataires moins tranquilles

Cet épisode de tension va sans doute marquer les marchés de taux pendant un certain temps. Non seulement le rendement des emprunts d’État allemands est repassé en positif, mais il a aussi mis en évidence les fragilités de ces marchés et leur extrême dépendance au soutien des banques centrales. Les investisseurs ont ainsi pris conscience du caractère artificiel des niveaux de taux actuels. Cela leur a rappelé que l’investisseur en obligations s’expose à un risque asymétrique : après un cycle de baisse de 35 ans des taux d’intérêt au niveau mondial, le potentiel de rebond des taux semble désormais bien supérieur à leur marge de baisse supplémentaire.

Les banques centrales en position inconfortable

Dans ce contexte, les banques centrales sont un peu dans l’impasse. Elles considèrent être déjà allées très loin en matière de relâchement monétaire et ne sont pas favorables à un renforcement des politiques non conventionnelles, source possible d’instabilité. Force leur est de constater que ces politiques n’ont pas de réelle efficacité sur le terrain économique, compte tenu de l’évolution de la croissance et de l’inflation.
Comme les événements récents l’ont montré, l’économie et les marchés ne sont pas prêts à supporter une remontée significative des conditions de financement. Aussi les banques centrales doivent-elles reporter sans cesse le processus de normalisation de leur politique monétaire au risque de devoir faire face demain à des fluctuations financières de plus en plus importantes.

Par Eric Bourguignon

Photo de M. Eric Bourguignon

Ouvrages d’Eric Bourguignon aux éditions Arnaud Franel :
Alerte au tsunami monétaire
ID Reflex’ Fondamentaux de l’économie

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A propos de l'Auteur :
Diplômé de Sciences-Po Paris, Docteur en Economie et Finance internationales de l’Université de Paris IX Dauphine. Actuellement, Directeur Général Délégué et Responsable des Activités pour Compte de Tiers chez Swiss Life Asset Management (France), il a consacré l’essentiel de sa carrière à la gestion d’actifs. Il a notamment passé 6 ans à Segespar (Groupe Crédit Agricole) en tant que gérant obligataire, et 13 ans à CCR-Gestion (Groupe UBS) en tant que Directeur Général Adjoint.

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