Le golf et la finance mettent tous deux en lumière les émotions humaines. En l’espace de quatre heures, un golfeur connaît à la fois des succès et des échecs. Son sentiment de supériorité et son ego sont mis à rude épreuve. Son humilité et sa maîtrise de soi sont récompensées. Tout comme un investisseur en proie à l’euphorie ou à la panique ne peut rester rationnel et sortir vainqueur d’un marché boursier volatil.
L’aversion à la perte
Un golfeur qui rate son premier coup a tendance à tenter un deuxième coup difficile (au-delà de ses capacités techniques) pour rattraper son mauvais coup. Il joue au-dessus de son niveau, ce qui se solde généralement par un double bogey (avec un possible airshot, coup de golf sans toucher la balle).
Tout comme un investisseur inexpérimenté qui prend davantage de risques dans l’espoir de récupérer ses pertes après une opération déficitaire. Ce phénomène est bien connu dans le monde de la finance.
Ce phénomène est connu en anglais sous le nom de « get-even-itis », qui désigne le fait de prendre n’importe quel risque pour revenir à sa position initiale (éliminer sa perte et revenir à zéro). On est prêt à tout pour récupérer sa mise initiale.
Un pro de golf pourrait vous donner le conseil suivant : « Si vous réussissez généralement ce coup 8 fois sur 10, alors tentez-le. Mais si vous ne le réussissez que 2 fois sur 10, optez pour un coup plus simple, comme revenir au centre du fairway si vous vous êtes écarté de la trajectoire idéale ». Cet excès de confiance est préjudiciable.
Un conseiller en placement pourrait donner un conseil similaire : « Si vous croyez vraiment en cette action (après une analyse approfondie) et que vous disposez de la patience et de l’horizon de placement nécessaires, alors investissez-y ; sinon, optez pour un placement diversifié (moins risqué). »
La gestion des risques et le surmoi
La gestion des risques est essentielle ; les golfeurs doivent connaître leurs points forts et leurs points faibles et adapter leur jeu aux risques spécifiques de chaque trou ainsi qu’à leur connaissance du parcours.
Les golfeurs débutants tentent de mettre en pratique des techniques de golf qu’ils ne maîtrisent que partiellement. Ils évoquent avec fierté (ou parfois par prétention) des termes golfiques sans les avoir complètement assimilés.
De même, les investisseurs doivent être conscients des limites de leurs connaissances (expériences) et éviter de spéculer sur des produits qu’ils pensent comprendre mais qu’ils ne maîtrisent pas réellement (comme le recours à des options de vente sans détenir l’actif sous-jacent, ce qui relève de la pure spéculation à la baisse et non d’une couverture contre le risque). La perte peut être maximale.
Le phénomène d’auto-attribution
Certains golfeurs savent que s’ils réalisent une bonne partie, c’est grâce à leur talent, et s’ils en réalisent une mauvaise, c’est à cause du parcours ou de la malchance. Il en va de même pour les investisseurs, qui s’attribuent des compétences qu’ils ne possèdent pas nécessairement lorsqu’ils réalisent des bénéfices. En cas de mauvais résultats, c’est le marché ou la malchance qui est désigné comme responsable.
Tout le monde au club en entendra parler, et les souvenirs de cette fameuse partie réussie reviendront sans cesse au 19e trou (tandis que les mauvaises parties seront complètement oubliées). Tous les collègues et amis de l’investisseur chanceux sauront que son opération a été un succès (les pertes ne seront jamais évoquées). L’investisseur montre aux yeux du monde sa compétence indéniable. Il pourra bien entendu prodiguer des conseils et remplacer le « pro » de la finance.
Le bon golfeur comme le bon investisseur savent s’adapter à tout terrain ou marché et ne blâme pas le green keeper ou son banquier mais doit se remettre en question et se regarder dans la glace.
La frustration du golfeur
Votre style de jeu doit correspondre à votre niveau. Vous devez bien cerner votre propre style de jeu et adapter votre stratégie en conséquence. Sinon, votre score deviendra rapidement décourageant et la frustration s’installera durablement. Par exemple, un débutant devrait viser le green (un objectif plus accessible) avant de viser le drapeau (l’objectif le plus ambitieux). Regarder un tournoi du PGA Tour est passionnant, mais se comparer aux meilleurs golfeurs, c’est comme si un investisseur débutant se comparer à Warren Buffett. Warren Buffett, le plus grand investisseur de tous les temps, ne prône pas la diversification (au contraire, il préconise de se concentrer sur quelques actions dévalorisées), et pourtant, la diversification efficiente est absolument indispensable pour le débutant.
Yannick Coulon