Qui veut la peau du billet
de banque ?

Les aventures du billet de banque finissent par avoir des côtés cocasses. Dans la plupart des pays développés, le billet de banque connait une régression régulière parmi l’ensemble des moyens de paiement. Il a été la victime des chèques, des virements, des prélèvements et enfin, des cartes de paiement. En France, où le chèque était devenu une sorte de « must » du moyen de paiement, un changement tout d’abord progressif a eu lieu. La carte bancaire en a pris la place, la fameuse carte bleue, avec sa puce et ses savonnettes commerçantes.

L’émergence de nouveaux moyens de paiement

Dans ce mouvement, reconnaissons que les pouvoirs publics n’ont pas été absents ou étrangers. Ils avaient, à l’occasion des réformes du système bancaire en 1967, favorisé l’ouverture de comptes en banque au profit des particuliers et donc l’usage des chèques contre l’usage du « cash », c’est-à-dire des billets de banque. Puis par une réglementation de plus en plus sévère et restrictive, les pouvoirs publics ont limité les paiements en liquide. A ce même moment, les paiements par carte bancaire furent stimulés. Pour lutter contre la fraude fiscale, contre le travail au noir, contre les activités dites « souterraines » et le blanchiment de l’argent, de la drogue et du terrorisme, les armes financières des pouvoirs publics, se sont multipliées… le plus souvent au détriment du billet de banque. L’arrivée des paiements en ligne serait-il le coup de grâce à cet antique moyen de paiement ?

L’essor du paiement numérique

Acheter en ligne est à l’opposé de l’achat dans une boutique. Quand on achète en ligne, on ne peut utiliser le mode de paiement « billet de banque ». Mais cette désaffection peut aussi venir spontanément : la Suède est un exemple topique. Le billet de banque y disparaitrait par indifférence. La Chine de son côté, voit dans la disparition du billet de banque à la fois une consécration de l’importance des paiements en ligne et un moyen pour lutter contre l’économie souterraine, ici, plutôt que les consommateurs qui poussent à la disparition du billet. On sait que l’un et l’autre pays évaluent le remplacement du billet de banque par des monnaies digitales, le crypto-yuan, ou renmibi numérique, et l’e-krona.

Le coronavirus, le coup de grâce au billet de banque

Une autre raison vient de surgir qui conduit les consommateurs à s’écarter du billet de banque : le coronavirus ! C’est en Allemagne que la question est devenue pressante. De fait, parmi les pays européens, l’Allemagne est un des pays où le règne du billet de banque n’a été que faiblement écorné… C’est ce qui explique que le billet de 500 euros y soit très populaire (c’est d’ailleurs pour cette raison que les autorités allemandes, au moment du lancement de l’Euro, réclamèrent une coupure de valeur aussi élevée).

Mais voilà qu’un évènement non monétaire est venu perturber des convictions bien ancrées : on pouvait lire dans les journaux « À la faveur du Covid-19, pour des raisons d’hygiène, les Allemands se convertissent à la CB ». Ce n’est pas un changement mineur, c’est un tremblement de terre ! : « Davantage de paiements vont être réalisés par carte qu’en liquide en Allemagne en 2020 » disent les économistes du cabinet britannique Euromonitor. Ils ne disent pas que, sous la pression des consommateurs allemands, un Euro-digital est sur le point d’apparaître !!! Mais, qui sait ?

Par Pascal Ordonneau

Photo de M. Pascal Ordonneau

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A propos de l'Auteur :
Pascal Ordonneau, banquier, a été DG et PDG de banques françaises, anglaises et américaines. Il est SG de l’Association « Iconomy ». Auteur d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels cinq livres d’économie et de finance, il est chroniqueur aux Échos, au Huffington Post et conférencier (monnaies cryptées et Allemagne).

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