Avis aux investisseurs en ICO : protégez-vous contre les paillettes des White-Papers bidonnés ! (2/2)

Cet article est la suite de la partie 1.

Dans un récent article, paru le 22 avril dernier dans Decrypt sous le titre de « Confessions of a White-Paper writer », l’auteur, Ben Munster, fait une description glauque du monde des « rédacteurs de White-Papers ».

 

Les White-Papers bidonnés

Que les White-Papers soient écrits par des gens dont le métier est d’assembler en un document cohérent des informations de nature économique, technologique, juridique, financière, etc. n’est choquant en aucune façon. Quand on insiste sur l’importance du White-Paper vis-à-vis des souscripteurs, on ne dit pas que ce doit être absolument une production du team de lancement.

En revanche, il ne doit aucunement s’agir de « creative writing » ! Il ne doit pas non plus s’agir de justifier qu’un projet qui se satisferait de 100 000 dollars serait légitime dans sa levée de fonds de 300 000, sachant que le « rédacteur » devra se montrer très créatif pour expliquer qu’il n’y a pas de surestimation alors qu’il sait que l’argent en surplus se retrouvera dans la poche des « innovateurs disruptifs ».

L’auteur de l’article signale quelques pratiques qui, si elles n’avaient pas pour objectifs d’enjoliver ou d’exagérer pour abuser les souscripteurs de tokens, feraient plutôt rire : il cite ces rédacteurs de White-Papers qui sont installés au Nigéria, il évoque la finesse des White-Papers d’origine ukrainienne qui ne savent pas toujours résister à l’introduction d’informations bidonnées dans les White-Papers pour faire plus joli.

La blockchain, « instrument de marketing »

Évidemment, lorsque le White-Paper se doit d’être techno, lorsqu’il faut parler blockchain et crypto et toutes ces « choses de ce genre », les rédacteurs doivent être très créatifs. En effet, impressionnant est le nombre de lanceurs d’ICOs qui usent et abusent de tous les poncifs des nouvelles technologies sans connaître le moindre mot au sujet de ces technologies, de leurs impacts sur la gestion des entreprises, des conséquences que leur mauvais emploi ont sur les souscripteurs de tokens. Il en résulte que certains de ces rédacteurs sont conduits à inventer des business models pour le compte de leurs donneurs d’ordre !

Enfin, il importe de mettre en garde les souscripteurs car le pire vient quand le White-Paper reçoit l’onction d’un « influenceur » plus ou moins célèbre. Plutôt que de trouver des experts et des conseils compétents, donc coûteux et trop peu réactifs par rapport à l’urgence du projet, on requiert d’un des hérauts des « cryptos » son « imprimatur ». Il donnera son onction et signera une notice adjointe au White-Paper, qu’il l’ait écrite ou fait écrire, par laquelle il félicitera le Team « pour un travail extraordinaire, pour un projet au service des valeurs les plus essentielles du nouveau monde en train d’apparaitre et pour l’ambition internationale, etc. ».

Les méchantes langues disent qu’un certain gourou demanderait plus de 100 000 dollars pour approuver à très haute voix les projets qui lui sont soumis ; c’est moins cher et plus rapide que d’obtenir des avis motivés de conseils juridiques ou techniques. Mais la sortie peut être délicate : effondrement des cours des tokens émis, illiquidité totale, mise en cause de responsabilité, etc. Et surtout, des souscripteurs grugés qui, le plus souvent, malgré les actions entreprises, ne récupéreront pas un sou de leurs placements.

Par Pascal Ordonneau

Photo de M. Pascal Ordonneau

Ouvrages de Pascal Ordonneau aux éditions Arnaud Franel :
Des monnaies cryptées aux ICO
Monnaies cryptées et blockchain

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A propos de l'Auteur :
Pascal Ordonneau, banquier, a été DG et PDG de banques françaises, anglaises et américaines. Il est SG de l’Association « Iconomy ». Auteur d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels cinq livres d’économie et de finance, il est chroniqueur aux Échos, au Huffington Post et conférencier (monnaies cryptées et Allemagne).

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