Initial coins offerings : de la fête à la raison

C’est peu dire que l’enthousiasme pour les ICOs que l’on a observé durant la période 2017-2018 vient d’être sévèrement douché d’un paquet d’eau glacée.

Le marché américain, et plus généralement les marchés qui le suivent (Asie du Sud-Est, Extrême-Orient, etc.), ont connu un véritable retournement. Les chiffres montrent un retour vers les débuts de cette technique de financement « disruptive ».

ICOs : que s’est-il passé ?

La fête avait tourné à l’hystérie aux États-Unis. Il y a eu plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, une liquidité considérable de l’économie américaine après des années de quantitative easing frénétique. C’est-à-dire des taux très bas qui ont conduit bon nombre d’investisseurs à se précipiter vers les crypto-monnaies qui promettaient des rendements exponentiels (et qui pendant les années 2017-2018 ont tenu leurs promesses). Il faut y ajouter l’explosion des activités dites « numériques » et la montée en force des Google, Microsoft, Instagram et de leurs émules dans le domaine de la messagerie, du big data, l’e-learning etc.

Dans ce contexte, les ICOs se sont présentées comme le moyen le plus rapide de collecter de l’argent pour les uns et de spéculer pour les autres. Des levées de fonds considérables dans des temps records ont laissé penser que la finance de papa était ringardisée.

Et puis, le soufflet est retombé. Effondrement des crypto-monnaies tout d’abord et de la crypto-monnaie reine, le bitcoin passé de 20 000 dollars à 3 500. Mais aussi désillusions en série sur les « jeunes pousses » dont un bon nombre se sont révélées des arnaques ou, au mieux, des projets vasouillards lancés par des gens incompétents aux idées fantaisistes ou inconsistantes. Enfin, le régulateur américain s’en est mêlé, obligeant parfois les « collecteurs » de fonds à « rendre l’argent ».

Que faut-il penser des ICOs pour l’avenir ?

Laissons les États-Unis se remettre de leurs émotions et pensons à l’avenir en France.

Les pouvoirs publics ont perçu l’intérêt que comportent à la fois la Blockchain et les Initial coins offerings. Désireux de faire de la France un leader européen dans ces domaines, le législateur a mis les bouchées doubles.

Le contexte réglementaire des ICOs était particulièrement flou conduisant à ce que les rapports entre investisseurs, entreprises et banques se transforment en mer des Sargasses. Les banques par exemple refusaient l’ouverture de comptes à des entreprises lançant des ICOs. L’AMF lançait avertissements sur avertissements, signalant des manquements aux fameuses règles du KYC (know your customer) ou plus explicitement des tentatives d’escroquerie.

Cette période d’hésitation est révolue. La fiscalité des crypto-monnaies a été clarifiée. L’existence des tokens ou coins est maintenant inscrite dans les textes. L’AMF a décidé de proposer un visa aux dirigeants d’entreprises désireux de lancer des ICOs, au vu de la qualité de leurs projets, afin de rassurer les investisseurs.  Les banques se sont vu recommander de montrer plus de souplesse dans l’ouverture de comptes « ICOs » dès lors que, précisément, l’AMF aurait donné son visa. Enfin, les règles comptables applicables tant aux souscripteurs qu’aux émetteurs d’ICOs ont été validées par les autorités compétentes.

La technique de financement des ICOs n’est peut-être plus aussi « disruptive » mais elle n’est plus une espèce de no-man’s land financier.

Elle profitera aux entreprises qui s’appuieront sur des White Papers solidement bâtis et documentés.

Par Pascal Ordonneau

Photo de M. Pascal Ordonneau

Ouvrages de Pascal Ordonneau aux éditions Arnaud Franel :
Monnaies cryptées et blockchain

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A propos de l'Auteur :
Pascal Ordonneau, banquier, a été DG et PDG de banques françaises, anglaises et américaines. Il est SG de l’Association « Iconomy ». Auteur d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels cinq livres d’économie et de finance, il est chroniqueur aux Échos, au Huffington Post et conférencier (monnaies cryptées et Allemagne).

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