Pourquoi réguler le marché des tokens ?

L’argent doit aller à l’initiative et à l’entreprise, directement sans intermédiaire, sans tous ces soi-disant « sachants » qui vont prétendre sélectionner, filtrer, conditionner les apports et diriger les épargnants vers ce qui est raisonnable c’est-à-dire vers ce que ces intermédiaires jugent « correct », « pertinent », « banquable ».

L’économie « digitale » et libertarienne exigeait de nouveaux supports : on a mis de côté les vieilles règles sur les obligations et les actions et leurs variantes. Ainsi ont émergé des tokens, des coins « vendus » aux détenteurs de l’épargne qu’il s’agisse de particuliers, d’entreprises, de fonds communs généralistes ou spécialisés. Comment les nommer autrement que « appels de fonds » puisque les régulateurs, ne considérant ces tokens ou coins ni comme des monnaies, ni comme des actifs financiers, n’ont pas de raison de les réguler.

« Pourquoi les réguler ? » Si on en revient au propos de départ, tout est inoffensif : des offreurs d’épargne rencontrent des demandeurs de financement. C’est évangéliquement simple. Sauf que les bonnes intentions en finance pavent les voies de la banqueroute, du détournement et de la spoliation.

Du rêve à la réalité

Qui jugera de la pertinence d’un projet d’entreprise ou « d’une idée de projet » diffusée sur internet, sur Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux, proposant à la « communauté », « une aventure passionnante », annonçant « des rendements élevés », « de brillantes valorisations de tokens » (comme le bitcoin ?) ou des « avantages futurs contre tokens actuels ? ».

Régulation ? L’épargnant aura droit à ses tokens ou coins non pas en payant en bonne vieille « fiat monnaie » mais en crypto-currencies, soit l’échange d’un token contre un autre au lieu d’un achat ou d’une souscription avec les bonnes vieilles « fiat monnaies »: rien à voir avec les actions ou les obligations, ni avec les prêts « bancaires » ou du crowdfunding.

Mais voilà où le bât blesse : les crypto-currencies sont volatiles et viennent ajouter leur volatilité à celle des tokens et des coins. Au surplus, ces derniers peuvent prévoir que le retrait de leur détenteur se fera en crypto-monnaie non stabilisées. Si les tokens et coins sont vendus sur les marchés libres (ce qu’on nomme le marché de gré à gré « over the counter »), il faut qu’il soit animé et que la liquidité du marché soit assurée.

Un danger pour les épargnants

Enfin, entre les « gros investisseurs » et les « petits », qui garantira que les cours sont transparents, équitables et que leur formation ne sera pas l’objet de manipulation, de manœuvres entre initiés ? Personne évidemment puisque ces « nouveaux produits » ne sont pour le moment ni encadrés, ni régulés, ni supervisés.

L’enjeu, ce sont les épargnants : le taux d’échec des start-ups est important, les risques de fraudes le sont tout autant ainsi que les risques d’atteintes aux règles de transparence. Les victimes dans des opérations de ce type ne sont jamais les institutions, qui sont équipées pour en affronter les risques, mais les épargnants individuels.

 

Par Pascal Ordonneau

Photo de M. Pascal Ordonneau

Ouvrages de Pascal Ordonneau aux éditions Arnaud Franel :
Monnaies cryptées et blockchain

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A propos de l'Auteur :
Pascal Ordonneau, banquier, a été DG et PDG de banques françaises, anglaises et américaines. Il est SG de l’Association « Iconomy ». Auteur d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels cinq livres d’économie et de finance, il est chroniqueur aux Échos, au Huffington Post et conférencier (monnaies cryptées et Allemagne).

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