[TRIBUNE] Les diplômes, quels besoins et quel avenir dans le monde du travail ?

[TRIBUNE] Les diplômes, quels besoins et quel avenir dans le monde du travail ?

 

Que fait l’éducation nationale depuis 50 ans des 75 à 100 milliards d’euros que le pays lui octroie chaque année, sont-ils utiles à la Nation et aux entreprises ?

Les systèmes scolaires et universitaires ont dévissé en France après-68

Si jusqu’à la fin des années 60 (expansion et plein emploi) notre système éducatif était tendu vers l’activité, le travail, le développement des compétences des futurs travailleurs le système a dérivé par la suite pour au moins trois raisons

  • L’école s’est complu dans le misérabilisme éducatif. Le mauvais élève n’était plus un « cancre », victime de ses propres turpitudes (qui pouvait d’ailleurs se rattraper plus tard dans la vie comme le démontre la réussite sociale de nombreux autodidactes) mais une victime du système (de classe) un “élève en difficulté”, crucifiés par le système et la culture bourgeoise (cf. Bourdieu) et donc il avait vocation à être assisté (la société lui devrait plus tard commisération, indemnisation ou réparation).
  • L’école a renversé ses propres valeurs : embrayant sur un mai 68 iconoclaste et démagogue (les examens pour tous puis les 80 % de bacheliers), au lieu de mettre en avant le bon élève (un exemple pour des jeunes en mal de modèles) elle a assimilé le bon élève à un “fayot”, un “collaborateur” proche du pouvoir et des adultes qu’il convenait de rabaisser, de railler et même parfois de persécuter (le bouc émissaire dans une classe est souvent le bon élève, sérieux et travailleur).
  • L’école s’est transformée au fil des ans en une garderie pour la jeunesse : Dès les années 80, avec le traitement social du chômage, il s’est agi de transformer l’école en un asile social (sur le fronton de certaines écoles à Paris on lit encore “salle d’asile communale”). Le travail devenant rare (ou supposé tel) mais la crise temporaire (ça fait désormais 45 ans qu’elle dure), il fallait initier puis développer un système de “traitement social” pour le chômage. Ce traitement social(iste) du chômage instrumentalise l’intégralité du système éducatif en partant du principe qu’un jeune traînant ses fonds de culottes sur les bancs d’un lycée pro ou d’une fac coûterait moins cher qu’un chômeur indemnisé (ou un jeune en insertion donc avec un minimum de revenus).

Il faut une génération (20 ans) pour mesurer les résultats d’un système éducatif, en bien comme en mal.
Les temps éducatifs sont des temps longs, une réforme ratée (tout comme des mesures réussies) ne donnent des résultats que bien des années après avoir été mises en œuvre (parfois des décennies plus tard). Entre temps le navire, ressemblant au Titanic, continue de rester à flot, plutôt mal que bien.

La culture du diplôme est dépassée mais elle continue d’imprégner nos institutions et nos systèmes professionnels

Le diplôme intéresse (et intéressera) de moins en moins les employeurs pour au moins trois raisons :

  • L’école publique, aveuglée par son idéologie, s’est détournée du monde du travail (sauf du fonctionnariat). Les profs forment des travailleurs pour les années 60 (normes françaises) censés devenir ouvriers (les moins bons élèves) ou ingénieurs/médecins (les meilleurs) ou plus haut encore dans la hiérarchie scolaire, des fonctionnaires.
  • Les entreprises se sont, en réaction, gardées de fréquenter les écoles. Les entreprises en France ne misent guère sur leur avenir avec les jeunes. Elles accueillent avec réticence (et seulement si elles sont subventionnées) des jeunes stagiaires. Beaucoup de petits patrons expédient leurs affaires courantes (jusqu’à leur retraite). Dans les grandes entreprises on mise plutôt sur les rachats (par LBO notamment) plutôt que sur la poursuite de l’activité (et donc la transmission des savoirs).
  • Le diplôme devient un simple certificat d’assiduité et de conformité. Les entreprises voient débarquer sur le marché du travail des jeunes diplômés sans (réelle) éducation, parfois sans capacité d’écrire, de lire, de rédiger ou même de réfléchir (il faut prendre des initiatives dans nombre de métiers désormais).
    Du coup ces même entreprises recrutent des étrangers (polyglottes, mieux formés et plus adaptables) ou des travailleurs déjà expérimentés (débauchés chez les concurrents).

Une question doit être posée (elle l’était fortement par France stratégie dans une note datant de décembre 2020) : nos systèmes éducatifs et formatifs actuels seront-ils capables d’assurer le développement du capital humain, un avenir social, économique et professionnel au pays ?

Par Didier Cozin

Photo de M. Didier Cozin

Ouvrages de Didier Cozin aux Editions Arnaud Franel :

ID Reflex’ Apprendre à apprendre
ID Reflex’ Entretien professionnel

 

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Didier Cozin
Didier Cozin est gérant de l’Agence pour la Formation Tout au Long de la Vie depuis 2006. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à la formation professionnelle.

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