Zone Euro : pour une politique monétaire réaliste

Depuis sa création en 1998, le maintien de la stabilité des prix constitue la mission principale de la Banque Centrale européenne. Afin d’éviter tout risque de déflation ou d’inflation forte, hantise bien justifiée héritée des crises du XXe siècle, celle-ci s’est fixé un objectif de 2 % de taux d’inflation, conçu – idée contestable – comme le juste milieu offrant une marge de sécurité suffisante avec le gouffre redouté des 0 %.

 Mais dans un contexte économique mondial qui porte plutôt à la désinflation et dont la menace déflationniste reste en même temps éloignée, l’obstination et les moyens considérables engagés dans la poursuite de cet unique but par le président de la BCE Mario Draghi ont un effet très limité, si ce n’est contre-productif en fin de compte, et confinent au dogmatisme. Il est grand temps de renouer avec une politique monétaire réaliste.

Car il faut voir les excès où en est arrivée la BCE dans le déploiement de ses instruments : à la seule fin d’obtenir ce taux d’inflation de 2 %, elle a inventé les taux d’intérêt négatifs et émis massivement de la monnaie pour financer le système bancaire et acheter des titres, intervention qui s’est traduite sur les marchés par une envolée du prix des actifs. Or la formation de telles bulles spéculatives n’est-il pas l’un des principaux facteurs de risques du retour à terme de la… déflation ? Dans le même temps, les prix à la consommation, eux, ne changeaient pas, demeurant autour de 1,5 %.

Par ailleurs quelle réelle menace déflationniste pèse-t-elle aujourd’hui sur l’économie ? Depuis 2008 et la faillite de Lehman Brothers, aucune : les courtes périodes de déflation observées depuis n’ont été dues qu’à des variations des prix de l’énergie, entièrement hors de portée des banques centrales. Mieux, hors énergie, l’indice des prix des prix à la consommation n’a baissé à aucun moment de la crise.

Enfin, pour ne rien arranger, cette politique vise un taux qui n’a rien de scientifiquement fondé ni de juridiquement légitime : en quoi la mission de stabiliser les prix requiert-elle une politique visant une inflation de 2 % dont dix ans de « succès » raboteraient tout de même de près de 22 % le pouvoir d’achat ?

Aussi, si les moyens considérables déployés par la BCE, avec leurs risques collatéraux, pourraient se justifier dans une situation de danger déflationniste avéré, cette politique devient très difficile à défendre en son absence. Ce sont de tout autres indicateurs que la Banque Centrale devrait prendre en considération pour mener une politique en prise avec la réalité économique.

Ces indicateurs sont notamment :

  • L’investissement qui repart à la hausse ;
  • Le chômage qui repart à la baisse ;
  • La confiance qui revient ;
  • La croissance dont le rythme augmente partout dans le monde ;
  • Etc.

Autant d’indices que la politique de la Banque Centrale européenne gagnerait à prendre en compte pour raviver la santé économique de la Zone Euro… et la foi de ses citoyens dans leur Union.
 

Par Eric Bourguignon

Ouvrages d’Eric Bourguignon aux éditions Arnaud Franel :
Alerte au tsunami monétaire
ID Reflex’ Fondamentaux de l’économie

 

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A propos de l'Auteur :
Diplômé de Sciences-Po Paris, Docteur en Economie et Finance internationales de l’Université de Paris IX Dauphine. Actuellement, Directeur Général Délégué et Responsable des Activités pour Compte de Tiers chez Swiss Life Asset Management (France), il a consacré l’essentiel de sa carrière à la gestion d’actifs. Il a notamment passé 6 ans à Segespar (Groupe Crédit Agricole) en tant que gérant obligataire, et 13 ans à CCR-Gestion (Groupe UBS) en tant que Directeur Général Adjoint.

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