834012Vers une crise bancaire en Chine ?

La Chine va-t-elle connaître sa « crise des subprimes » ? La question mérite d’être posée, tant le système bancaire chinois semble aujourd’hui crouler sous les créances douteuses, de l’aveu même des autorités du pays.

Selon les statistiques officielles, le taux de prêts non performants aurait ainsi atteint 1,75% en mars, soit 1392 milliards de yuans (environ 200 milliards d’euros). Mais ces chiffres seraient outrageusement sous-évalués pour beaucoup d’économistes. CLSA, filiale du Crédit Agricole dont le siège est basé à Hong Kong, estimait récemment que ce ratio de prêts non performants serait plutôt compris entre 15% et 19%, soit aux alentours de 1000 milliards d’euros. Pour le FMI, les pertes latentes des banques avoisineraient 7% du PIB chinois.

Bien que conscients du problème, les dirigeants chinois ne donnent pas l’impression d’être pressés de le résoudre, bien au contraire. Face au ralentissement préoccupant de la croissance, ils ont en effet eu tendance à stimuler l’endettement privé, recette qu’ils avaient déjà utilisée en réponse à la chute du commerce mondial à partir de 2009 pour financer des projets immobiliers pharaoniques ou des pans entiers de leur industrie dont les surcapacités n’ont depuis cessé de croître.

On a en effet assisté à une véritable envolée des crédits bancaires au cours des derniers mois. Rien qu’en janvier, les nouveaux crédits ont totalisé 3420 milliards de yuans (près de 500 milliards d’euros), soit le double du montant qui avait été enregistré en décembre. Si ce chiffre résulte aussi de facteurs saisonniers liés à la nouvelle année, il n’en traduit pas moins la volonté de la Chine de relancer l’activité par le crédit. Cette fuite en avant est d’autant plus inquiétante qu’elle est pour l’essentiel dirigée vers les secteurs d’activité les moins productifs et donc les plus vulnérables sur le plan financier.

Conséquence de cette course à l’endettement, le ratio dette sur PIB de la Chine (dette publique et dette privée confondues) a progressé en valeur absolue de 90% en 10 ans. Il s’élève désormais à 250% du PIB, montant expliqué au deux tiers par le poids de la dette des entreprises (165% du PIB).

Le rapprochement entre la situation chinoise et la situation qui prévalait aux États-Unis en 2007, ne doit cependant pas être poussé à l’extrême. Contrairement aux États-Unis, La Chine dispose de moyens financiers colossaux qu’elle pourrait utiliser pour empêcher le déclenchement d’une crise systémique susceptible de provoquer un effondrement de son système bancaire.

Dans ce pays où la frontière entre secteurs public et privé reste floue, il est par ailleurs difficile d’imaginer que l’État ne viendra pas au secours de son système financier dès que les premiers craquements apparaîtront.

Enfin, l’éventuel effondrement du système bancaire chinois n’aurait sans doute pas le retentissement que l’éclatement de la bulle des subprimes avait eu en son temps. Les marchés traverseraient, certes, une période de fortes turbulences et la croissance mondiale s’en ressentirait. Mais cet effondrement aurait probablement peu de répercussions sur le système bancaire international car les liens entre la place financière chinoise et les grandes banques occidentales demeurent relativement ténus.

Reste que la Chine ne résoudra pas ses problèmes de surcapacités, de surendettement et de créances douteuses par plus de dettes. Ce n’est qu’en libéralisant son économie et réformant son modèle de croissance, comme elle avait d’ailleurs commencé à le faire, qu’elle sortira de l’impasse dans laquelle ses errements du passé l’ont engagée.

Par Eric Bourguignon

Photo de M. Eric Bourguignon

Ouvrages d’Eric Bourguignon aux éditions Arnaud Franel :
Alerte au tsunami monétaire
ID Reflex’ Fondamentaux de l’économie

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A propos de l'Auteur :
Diplômé de Sciences-Po Paris, Docteur en Economie et Finance internationales de l’Université de Paris IX Dauphine. Actuellement, Directeur Général Délégué et Responsable des Activités pour Compte de Tiers chez Swiss Life Asset Management (France), il a consacré l’essentiel de sa carrière à la gestion d’actifs. Il a notamment passé 6 ans à Segespar (Groupe Crédit Agricole) en tant que gérant obligataire, et 13 ans à CCR-Gestion (Groupe UBS) en tant que Directeur Général Adjoint.

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